En 2007, à travers la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU), les universités accédaient à l’autonomie dans les domaines budgétaire et de gestion de leurs ressources humaines ainsi que de leur parc immobilier. Cette autonomie a de fait conduit au désengagement de l’Etat, à l’augmentation de l’emploi contractuel et précaire, à la dégradation des conditions de travail et d’étude.
Depuis 2023, le ministère de l’ESR développe les contrats d’objectifs de moyens et de performance (COMP), consacrés à de nouveaux projets par des financements supplémentaires et qui se situent à la hauteur de 0,8% à 1% du budget des universités. Une contractualisation que le nouveau ministre chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Philippe Baptiste, mais aussi et surtout Emmanuel Macron entendent bien étendre et généraliser.
Dès 2023, Emmanuel Macron annonçait aux présidences d’université que les COMP “c’est 0,8 ou 1 % du budget de l’université. Objectivement, on ne fera croire à personne que ça s’appelle de l’autonomie. Ce n’est pas vrai.”. Et, alors que les discussions sur le budget 2026 annoncent des coupes austéritaires massives pour les services publics, Philippe Baptiste a annoncé début avril que le dispositif des COMP porterait à l’horizon 2026 sur 100% de la subvention pour charge de service public (SCSP). Plus simplement : la quasi-totalité du budget des universités sera désormais déterminé par un contrat avec l’État.
Et quel contrat ! En effet, cette relation contractuelle sera bien loin d’être égalitaire entre deux parties. Non contents d’être opaques, injustes, partiaux et bureaucratiques, les COMP ne sont par ailleurs pas des “contrats” puisque les universités ne sont bien évidemment pas libres de déterminer la forme et les contenus de ces contrats.
Ces COMP100% sont un pas de plus dans le pilotage de la formation universitaire et de la recherche par des objectifs de performances sur le marché international de l’ESR, par l’évaluation permanente à travers des indicateurs qui deviennent les seules boussoles, par les compétences professionnelles et l’insertion.
Ces COMP100% poursuivent l’objectif du ministère, de Macron et de tous les libéraux de construire un enseignement supérieur adéquationniste qui aligne au mieux les formations sur les besoins économiques (entendre ici : les besoins du patronat aux niveaux local, régional et national). Objectif cocasse par ailleurs à l’heure où de plus en plus de conventions collectives ne reconnaissent plus les diplômes.
Cet objectif d’un système universitaire à 2 vitesses n’est pas un doux rêve, c’est celui en place dans le monde anglo-saxon notamment, avec quelques établissements de prestige sur-financés, et des “collèges” universitaires en détresse budgétaire qui accueillent tant bien que mal (et souvent mal), des bachelier·ères soumis·es à la sélection. L’autonomie budgétaire se traduit mécaniquement par des hausses de frais d’inscription pour des établissements en déficit structurel compte tenu de leur mission de service public, ce qui est déjà mis en place pour les étudiant·es extra-communautaires suite au plan “Bienvenue en France” de 2018.
A l’antipode de ces politiques libérales qui détruisent le service public et favorisent le privé lucratif, SUD éducation défend une augmentation du budget de l’ESR afin de garantir un accueil des étudiant·es dans la filière de leur choix, des formations universitaires accessibles sur tout le territoire, la fin de l'autonomie des universités et des COMP et une recherche ouverte et émancipatrice.
