Motion d’actualité de septembre de Sud Éducation Calvados

 

 

 

 

De la violence, toujours plus de violences, voila comment on pourrait résumer cette rentrée. Violence pour les élèves que nous accueillons à bord d’un navire qui sombre toujours un peu plus, violence pour les familles de ces élèves qui les accompagnent avec toute la souffrance que cela implique dans leurs parcours face au harcèlement et à l’abandon de l’état. Violence pour les personnels qui sont démunis et, dans le même temps montés les uns contre les autres par un gouvernement perpétuant le long travail de sabordage des dernières décennies de leurs prédécesseurs. Violences enfin réactionnaires contre le droit à toutes et tous de jouir d’une éducation à la sexualité éclairée, de qualité et adaptée à leur âge.

 

Les militant·es de Sud Éducation Calvados réuni·es en assemblée générale le 19 septembre constatent avec colère l’accumulation de violences contre l’école, ses usager·es et ses personnels. Nous refusons d’accepter la normalisation de ces violences et pensons qu’un autre système est possible, que l’école pourrait être un lieu où il fait bon apprendre, travailler et vivre. Si dénoncer les violences ne suffira pas à les faire disparaître, nous refusons l’indifférence et les déclarations de façade d’un gouvernement qui se contrefout des personnes qui y sont confrontées.

 

Le suicide de Nicolas, élève victime de harcèlement, vient s’ajouter à une liste déjà trop longue. Et nous avons forcément une pensée de soutien envers la famille de ce jeune. Personnes proches laissées seules face au harcèlement que subissait leur enfant, et qui maintenant se retrouvent seules pour toujours. La réaction du rectorat bien que détestable ne nous surprend pas, il y a quelque chose de déshumanisé dans la haute administration de l’éducation nationale. Le ministre s’offusque, s’indigne, condamne même avec toute l’hypocrisie dont peut faire preuve ce gouvernement. La haute administration de l’éducation nationale est un monde d’entre-soi, on ne dirige pas un rectorat en ayant fait ses preuves dans l’éducation, on le devient parce qu’on a fait ses études avec le ministre en poste ou des relations haut placées au sommet de l’état. Alors quelles solutions pour réhumaniser notre École ? Nous sommes profondément anti-hiérarchiques et pensons que nous, professionnels de l’éducation, sommes les plus à même de définir comment faire notre travail. Émancipons-nous de ces chefs bourgeois qui nous observent depuis leurs hautes tours sans rien connaître de la vie du public que nous accueillons, de nos conditions d’exercice et des réels besoins de notre école.

 

Ensuite, il est nécessaire de recevoir la parole des familles et des élèves. Cela ne s’improvise pas ! Nous demandons des formations, sur temps de travail, sur les questions du harcèlement et de l’accompagnement des familles, nous demandons que les AED et les AESH soient associés à ces formations, car ils sont souvent en première ligne pour recevoir la parole des élèves et pour cause ces professionnels tissent des liens de qualité avec les élèves que nous accueillons. Nous demandons l’embauche massive de personnels pour éduquer, transmettre, écouter et agir. Enfin, nous former à recevoir la parole et à agir ne sera pas suffisant. Absorber quotidiennement la violence à laquelle nos élèves et nos collègues sont confrontés constitue quelque chose de psychologiquement difficile. Il ne faut pas se satisfaire du transfert de la violence d’une victime vers un professionnel. Nous devons pouvoir bénéficier de temps d’analyses de pratiques professionnels, sur temps de travail, accompagnés de psychologues au sein de nos établissements.

 

Dans une tout autre mesure, c’est avec toute la violence dont ils sont capables que les macronistes poursuivre leur entreprise de démolition de l’éducation nationale. Pour ces ultra-libéraux, notre modèle est une hérésie qu’il faut supprimer comme ils ont démoli auparavant les télécoms, la poste, le transport ferroviaire et l’hôpital. Ils auraient pu essayer d’appliquer leurs habituelles méthodes comme la clause du grand-père qui consiste à différencier les statuts en fonction de l’année d’entrée dans l’entreprise, le problème c’est que les concours de l’éducation n’attirent plus ; ils ont essayé de proposer un statut de contractuel sous-payé mais là encore ça ne soulève pas les foules… Alors ils ont eu une idée, y en a qui feraient mieux de rester couchés, le pacte… La violence du pacte ne réside pas tant dans la façon dont celui-ci est imposé aux personnels contre l’avis unanime des organisations syndicales, il faut croire qu’on finit par s’habituer à tout, mais bien dans la façon que cela a de nous diviser… Si prétendre que l’éducation nationale était encore un bastion de gauche homogène serait un mensonge, force est de constater que le pacte est en train de provoquer une division jusqu’alors jamais vue entre nous… À Sud éducation Calvados, nous pensons que les collègues qui ont signé le pacte sont dans l’erreur et cela malgré toutes les bonnes raisons que ces collègues peuvent apporter pour justifier leurs choix. Iels sont dans l’erreur, car ce pacte n’améliorera pas leurs conditions de travail et qu’il dégradera profondément celles de l’ensemble de la profession dans les années à venir. Iels sont dans l’erreur, car ce pacte n’est pas une revalorisation, c’est tout au plus une indemnité, alléchante certes, mais une prime n’est jamais du salaire. Rappelons-le, du salaire ce ne sont pas juste des euros qui tombent chaque mois, ce sont aussi des cotisations qui permettent notamment de financer les retraites, la sécurité sociale et l’assurance chômage. Iels sont dans l’erreur enfin et surtout car face aux attaques répétées des fossoyeurs de l’éducation nationale, c’est d’unité dont nous avons besoin et non de division. Les décisions devraient être collectives et non négociées seul·e dans le bureau d’un chef avide d’appliquer prestement les consignes de ses supérieurs.

 

Nous refusons toutefois de nous tromper de combat, si nous désapprouvons le choix fait par certain·es collègues nous nous rappelons que ce n’est pas en elles et eux que se trouve notre ennemi. Non, ceux contre qui nous devons lutter fermement et inlassablement ce sont les gouvernants et leurs conseillers. Chers collègues, ne cessez pas de vous parler et d’échanger, il est toujours temps de changer d’avis et de construire ensemble une riposte afin de reconquérir nos droits. La réalité c’est qu’on manque de personnels et que ce n’est pas en bricolant des heures de travail en plus pour ceux qui sont déjà là qu’on arrangera la situation !

 

Violence enfin, des obscurantistes qui refusent qu’on éduque correctement les élèves à la sexualité. Qu’est-ce qu’on a lu comme stupidités sur la question ces dernières semaines ; on aurait pu en rire si le sujet n’était pas si important. Et puis le problème majeur à notre époque avec les fausses informations c’est qu’elles trouvent toujours des oreilles dans lesquelles tomber, il va falloir mettre les bouchées doubles pour apprendre à nos élèves à s’informer pour espérer avoir une prochaine génération de citoyen·nes plus réfléchie que l’actuelle…

 

En Belgique, la semaine dernière 8 écoles ont été vandalisées ou incendiées en marge de manifestations s’opposant à la mise en place d’un cours d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle à hauteur de deux heures par an. La sociologie des opposants à ce projet est pour le moins surprenante bien qu’elle ne soit pas sans rappeler celle des opposants au mariage pour tous : Catholiques intégristes (Civitas en tête), associations islamiques intégristes et militants d’extrême droite…

 

En France, la grogne est la même contre l’éducation à la sexualité à l’école, colère attisée par les médias les plus réactionnaires français : on y apprend que nous devrions maintenant apprendre aux élèves à se masturber ou les inviter à se déshabiller en classe. Mais qui peut croire ça ? Le syndicat Action et Démocratie a visiblement lu les recommandations de l’OMS en diagonale, avec beaucoup de mauvaise foi et préfère sans doute laisser les enfants dans l’ignorance, la culpabilité voire le silence. Rappelons que plus d’un enfant sur 10 est victime de violences sexuelles. Alors il est urgent de nous former à l’éducation à la sexualité pour développer chez les élèves l’empathie, le consentement, la compréhension, l’acceptation de son corps et construire l’égalité. Pour nous aider, il y a notamment une association, Epicène, qui fête ses 10 ans et la sortie d’un ouvrage attendu : « Le livre le plus important du monde », manuel d’éducation à la sexualité suédois pour les 9-13 ans traduit par Elise Deviehle. Venez le découvrir lors d’une soirée anniversaire le mercredi 11 octobre à 18h à LABA, 84 rue de Geôle à Caen.

Les réactionnaires s’indignent de la violence des jeunes émeutier·es dans les quartiers, mais il ne faudrait pas oublier quelle violence les assaille, quotidiennement…

 

Pour conclure, clique, tu vas kiffer!


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