Déclaration Sud Éducation Basse-Normandie
au CHS-CT Académique du 6 juin 2013

 

 

 

Monsieur Le Recteur,


De par la diversité des tâches et leur parcellisation, le travail des professeur-e-s est polymorphe. S’il s’exerce sur près de 40 heures hebdomadaires (un peu plus dans le premier degré, un peu moins dans le second – rapport de l’IGEN au ministre de l’Éducation nationale, n° 2012 070, Juillet 2012), le travail enseignant doit en outre surmonter quotidiennement de nombreux obstacles et supporter de nombreuses réformes qui impactent sur leurs conditions de travail.


Ces atteintes quotidiennes aux conditions de travail pèsent sur l’ensemble des personnels du service public d’éducation : Atsem, personnels de vie scolaire, de santé, administratifs, ouvriers et de service… Ce qui se manifeste encore plus dès lors que l’on est précaire.


Si l’on en croit l’une des rares études universitaires sur le sujet, La souffrance des enseignants, on ne peut que constater chez les professeur-e-s d’aujourd’hui « un empilement de tâches situées dans plusieurs registres : pédagogique, administratif (et juridique), vie scolaire ». Cette diversification étant perçue « comme un signe de la dégradation du métier, être enseignant, assistante sociale, gendarme… ».


Le fait que les enseignant-e-s n’aient pas bénéficié de la réduction du temps de travail, qu’ils et elles aient une organisation de leur travail où la frontière entre vie privée et professionnelle s’est considérablement effacée, contribue à la surcharge.

 


De même, l’augmentation du nombre d’élèves par classe, si elle est niée par l’administration, est bien une réalité. La Depp (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) peut bien sortir de son chapeau un chiffre magique de 22,1 élèves par classe en moyenne dans le secondaire, il n’en reste pas moins que:

 


« La France est un des rares pays où la taille des classes a augmenté entre 2000 et 2010 (+3,4%). A l’exception de l’Italie et des Pays-Bas, tous les autres pays développés ont diminué le nombre d’élèves par classe en moyenne de -7%. La France a ainsi un des taux d’encadrement (nombre d’adultes pour 100 élèves) les plus bas. C’est vrai au collège. Encore plus vrai au primaire. Voilà pour ce que la Depp a oublié de vous dire... » (L’expresso du 10 janvier 2013).


Et que dire de l’hétérogénéité des publics, de la tension au travail et de l’épuisement professionnel lié à l’enseignement dans des classes surchargées ?


Et que dire du « conflit de rôle » qui consiste à être confronté à des ordres contradictoires, des pressions émanant de sources différentes (parents, élèves, voire collègues… et bien évidemment hiérarchie).Sur ce dernier point, il faut ici rappeler que l’invocation d’un prétendu « devoir de réserve » pour les personnels de l’éducation nationale relève purement et simplement de la légende urbaine.


La« dématérialisation » du travail (cahier de texte numérique, base élèves...) engendre de la souffrance et est amplifié par la carence de formation dans la transformation des missions.


Certains chiffres nationaux sont éloquents ! En 2011, 24% des personnels de l’Éducation nationale sont en état de tension au travail (contre 12% des cadres), 14% sont en situation d’épuisement professionnel. 17% des professeurs sont victimes d’épuisement contre 11% dans les autres professions. 21% des actes de harcèlement répertoriés sont le fait de supérieurs hiérarchiques. Ces chiffres sont ceux de la MGEN qui « accompagne » chaque année 15 000 personnels en souffrance au travail. Dans une étude conduite en 2002, l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) comptabilise 39 cas de suicides pour 100 000 enseignant-e-s. Dans les autres professions, la moyenne est de 16,2 suicides pour 100 000 salarié-e-s. Sinistre record. En 2009, 54 suicides ont été officiellement recensés « dans les murs » des établissements scolaires.


Presque toujours, la hiérarchie évoque des « problèmes personnels » et accuse les syndicats de chercher à instrumentaliser ce qu’elle qualifie de « faits divers ». Si ce qui conduit à de tels actes est lié à de multiples facteurs, vouloir en exonérer totalement des conditions de travail dégradées est une insulte inqualifiable faite aux victimes.


Même constat avec le très officiel rapport de la mission d’information sur le métier d’enseignant, fait au nom de la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat, le 19 juin 2012. Ce dernier reconnaît une « souffrance ordinaire » des enseignants et sa rapporteure, Brigitte Gonthier-Maurin, précise le propos : « L’éducation nationale est désormais touchée par des évolutions déjà bien avancées dans les entreprises, où les salariés sont soumis à des injonctions contradictoires : exigence de qualité et demande de rapidité, esprit d’initiative et respect des protocoles, engagement et recul. Soumis à une évaluation externe permanente, les travailleurs n’ont pourtant aucun contrôle sur les objectifs assignés. Leurs propres critères d’appréciation de ce qui constitue du « bon travail » sont niés et pourtant on leur demande d’être fiers de leur activité et de l’organisation à laquelle ils appartiennent. Ils perdent ainsi progressivement prise sur leur travail. ».


Une telle situation devrait susciter une prise de conscience dans toute l’éducation nationale, et dans tous les CHS-CT. Et pourtant, non seulement cette prise de conscience n’est pas même esquissée dans les salons du ministère :


. 78 médecins (mais 65 équivalents temps plein car une partie d’entre eux/elles travaille à temps partiel) pour environ 1 million de salarié-e-s,
. des Comités d’hygiène et sécurité et des conditions de travail – CHSCT – volontairement tenus à l’écart des salarié-e-s,
. des personnels entretenus dans l’ignorance de la législation sur la santé et les conditions de travail…


On ne peut pas dire que la question même du travail soit considérée par nos employeurs.


Un constat est très largement partagé : de nombreux/ses enseignant-e-s du Primaire comme du secondaire ressentent que la pression en quantité de travail a nettement augmenté. La surcharge de travail administratif est la raison la plus souvent invoquée. Ils ont l’impression de répondre à un nombre d’injonctions administratives croissantes qui relèvent plus de la logique quantitative que qualitative. Ces heures passées à remplir des tableaux, à réduire à une information quantitative la complexité de leur travail réel, sont frustrantes.


La qualité ou quantité de leur travail ne se mesure pas uniquement dans le face-à face avec les élèves car une partie du travail se fait en dehors des murs de l’école ; la surcharge de travail conduit bon nombres d'enseignant-e-s à ramener du travail à la maison et consacrent pendant l’année scolaire une partie de leur week-end à leur activité professionnelle.


A l’intensité de l’énergie à fournir pour assurer les missions vient s'ajouter la surcharge administrative vécue comme du mépris. Du mépris aussi à l'égard des enseignants de STI qui ont reçu un extrait d’arrêté stipulant leur changement de discipline alors que nombre d'entre eux, certifié-e-s comme agrégé-e-s, avaient refusé de signer la demande de changement de discipline. Du mépris pour ces agents dans le cadre du transfert du lycée Rabelais à Ifs. Du mépris pointé par l’enquête MGEN de 2004 qui fait le même constat concernant les jeunes enseignant(e)s qui expriment une certaine souffrance à l’égard des conditions d’exercice de leur activité. Cela pose par ailleurs le problème de l’entrée dans la profession pour une nouvelle génération passée par des formations dont les réformes successives contribuent également à les déstabiliser.


Pour que les CHS-CT jouent pleinement leur rôle :


. Il faut créer un véritable tissu de CHSCT de terrain qui permette aux personnels d’agir sur leurs conditions de travail. Nous rappelons que l’accord 2009 (au demeurant imparfait sur bien des aspects) prévoyait un alignement sur les CHSCT du privé… qui sont installés à partir de 50 agents !
. L'employeur doit respecter ses obligations de « sécurité de résultat » : les visites médicales de prévention quinquennales doivent notamment être assurées pour tous les personnels. SUD éducation appelle d’ailleurs les salarié-e-s de l’Éducation nationale à faire valoir massivement leur droit à la visite médicale quinquennale.
. Le président du CHS-CT doit transmettre aux membres du CHS-CT les documents dans des délais conformes à l'article 74 du décret 2011-774 du 28 juin 2011. Les points abordés à l'ordre du jour doivent être détaillés afin de créer les conditions optimales de fonctionnement du CHS-CT.
. Le président doit donner les moyens matériels et humains pour permettre aux membres du CHS-CT de jouer pleinement leur rôle dans les missions qui leur sont confiés.
. Les personnels doivent être formés et informés : les carences comme les entraves dans la mise en place des outils de prévention, particulièrement le registre de santé et sécurité au travail, doivent cesser. SUD éducation appelle les personnels à se saisir du registre de santé et sécurité au travail pour signaler toute atteinte à leurs conditions de travail, toute dégradation de leur environnement de travail, toute pression hiérarchique.


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