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Le droit de propriété en question
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Au-delà des mots différents (autogestion, collectivisation, socialisation, …), ce que nous entendons par autogestion c’est que les classes sociales qui produisent la richesse collective13, aujourd’hui sans pouvoir, peuvent gérer l’économie (donc les entreprises, les services, etc.) et plus généralement la société. Ceci suppose l’appropriation collective directe des outils de production et des moyens d’échanges. Nous ne voulons par là décrire un modèle idéal pour « après la révolution », mais d’une part « construire par nos luttes d’aujourd’hui la société de demain », d’autre part créer les conditions pour que des luttes faisant bouger réellement les choses se développent.

 

 

Ces principes posés, l’évolution du capitalisme et ses effets sur la structuration du salariat, nous obligent à repenser les termes du débat sur ces thématiques. Nous ne sommes plus dans les années 1970 où nous étions face à un capitalisme encore largement patrimonial, familial, avec un pouvoir de décision unique et identifié. L’internationalisation du capital, les centres de pouvoir opaques et insaisissables, l’interdépendance économique à l’échelle planétaire, la domination des multinationales sur l’ensemble des filières, des PME14, et du marché des matières premières, impliquent de redéfinir le contenu des réponses alternatives et les stratégies syndicales et politiques.


La perspective de socialisation des secteurs clefs de l’économie et autogérés par les salariés-es suppose d’anticiper la chaîne de conditions économiques de production et de la repenser au-delà des murs d’une seule entreprise. En d’autres termes, l’autogestion n’est pas concevable en l’organisant entreprise par entreprise, sans prendre en compte les interactions entre de nombreuses entités tout au long de la production d’un produit ou d’un service. C’est sans doute une des raisons qui explique que « l’aventure » autogestionnaire surgisse rarement des luttes d’entreprises, les salariés-es évaluant eux-mêmes les conditions nécessaires à sa réussite. Le caractère outrageusement réformiste de la majorité du mouvement syndical contemporain, que nous évoquions plus haut, est aussi une des explications.


Cela ne veut pas dire que des espaces d’expériences autogestionnaires sont impossibles, même sous des formes inachevées comme les SCOP15 en France ou plus abouties et plus nombreuses comme par exemple en Argentine (les entreprises « récupérées ») ou la coopératives ouvrière Mondragon au pays basque espagnol, mais dans les tous les cas ce sont dans des secteurs et des créneaux restreints. Le mode d’organisation en SCOP permet des ruptures importantes avec le schéma dominant dans l’économie capitaliste : sur la propriété, la hiérarchie, la répartition des tâches, etc. Dans un autre registre, mais avec la même aspiration, le développement des AMAP (Association pour le maintien dune agriculture paysanne) pose les questions des circuits courts entre paysan-nes et consommateurs-trices, de l’inutilité des grands groupes prédateurs de la distribution mais aussi la qualité de la nourriture produite et du soutien à une agriculture non productiviste.


Quant à « l’économie sociale et solidaire », appelée aussi « tiers secteur », si elle traduit parfois une aspiration à sortir des lois du marché, elle n’est pas exempte de contradictions ; la gestion de ces entités, à l’exemple de nombre de Comités d’Entreprise ou d’associations, étant loin d’être en rupture avec le modèle dominant ! Elle se situe aux marges du système et sans vue d’ensemble, perméable à l’instrumentalisation dans un processus de privatisation des services publics, et à la récupération marchande comme le commerce équitable par les grandes chaînes de distribution.


Les expériences qui peuvent être menées à travers des CE (bien peu !) ou des SCOP, aussi utiles et intéressantes soient-elles, ne sont pas l’autogestion au sens d’un projet d’ensemble qui a des conséquences sur toute la société, et remet en cause les rapports entre classes sociales que nous connaissons. Le projet autogestionnaire dont nous nous revendiquons est nécessairement en rupture avec le système capitaliste.

 

Un syndicalisme internationaliste, concrètement


Le défi pour le syndicalisme est global : imposer un changement systémique, à l’échelle nationale et internationale. À cet égard, la construction de luttes conjointes entre salariés-es des grands groupes opérant dans plusieurs pays, notamment au niveau européen, doit devenir un objectif prioritaire ; le développement de réseaux syndicaux « lutte de classes » à l’échelle internationale, ou encore la pérennité des forums sociaux européens et mondiaux, sont eux aussi décisifs.


Des outils existent, comme le Réseau syndical international de solidarité et de luttes et les réseaux qui s’organisent dans plusieurs secteurs professionnels ; mais ils ne nous seront utiles pour construire les ruptures politiques et sociales que nous voulons, que si nos collectifs syndicaux de base (syndicats, sections syndicales) se les approprient, les font vivre, les banalisent auprès de la masse des salarié-es. Sinon, ils ne servent qu’à donner une bonne conscience internationaliste, sans effet réel sur la lutte des classes, donc sans conséquence sur les rapports sociaux et le système capitaliste !