Communiqué de SUD Éducation Calvados et Solidaires

Chronique de l'Université en période de confinement

L’obsession ministérielle de la « continuité pédagogique »

 

Depuis le 16 mars, date à laquelle les écoles et les universités ont été fermées dans le contexte de la lutte contre la propagation du Covid-19, la priorité (l’obsession ?) des ministères de l'Éducation Nationale (MEN) et de l'Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) a été de mettre en place la « continuité pédagogique ». Les établissements d’enseignement n’accueillant plus de public, le personnel et les parents doivent faire en sorte que les élèves et les étudiant.es continuent à travailler, quoi qu’il en coûte. Toutes les activités universitaires doivent ainsi être réalisées par voie numérique : le travail administratif, les cours, le suivi, les examens, etc.


Le « Plan de continuité pédagogique » de la Direction Générale de l'Enseignement Supérieur et de l'Insertion Professionnelle (DGESIP), transmis par la Présidence de l’Université de Caen Normandie le dimanche 15 mars, est particulièrement éclairant quant à l’orientation politique (actuelle et future) du ministère. Outre les conseils prodigués aux enseignant.es afin de basculer du « présentiel » au « distanciel » (rien n’est dit concernant le personnel BIATSS…), la DGESIP fait la promotion d’entreprises privées pour la télésurveillance des examens. On apprend d’ailleurs que l’une d’entre elles travaille déjà pour l’Université de Caen Normandie à hauteur de 1 000 examens par an… Au forfait ou à l’heure, ces prestataires facturent aux universités l’organisation d’examens classiques, la gestion de soutenance, du « proctoring » ou du « recording » (vous avez dit novlangue ?). En période d’austérité budgétaire et de réduction de postes de titulaires, il semblerait donc qu’il reste malgré tout quelques menues monnaies – jusqu’à 17€ par étudiant.e télésurveillé.e tout de même… – pour rémunérer le secteur privé sur des missions de service public…

 


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Communiqué de SUD Éducation Calvados et Solidaires

Le numérique, c’est fantastique !

Pour la pédagogie, cela reste à prouver…

 

A l’instar de nombreux établissements en France, une fièvre numérique s’est emparée de l’Université de Caen Normandie, dont l’objectif est de transformer les pratiques pédagogiques des enseignant.e.s. Cette orientation politique est pilotée par une vice-présidence en charge des transformations pédagogiques et appliquée par le Centre d’Enseignement Multimédia Universitaire (CEMU), épaulé par le recrutement de nombreux ingénieur.e.s pédagogiques ayant pour mission de prêcher la bonne parole numérique dans les composantes. Sans remettre en cause la bonne foi de ces agent.e.s, en situation parfois précaire et envoyé.e.s au front face à des enseignant.e.s en partie réticent.e.s, il faut souligner ce que cette dénomination – ingénieur.e pédagogique – dit de notre époque.


Cette vague « modernisatrice » s’accompagne en effet d’une novlangue ésotérique, sorte de gloubi-boulga technomanagérial, dans laquelle « syllabus » et « hybridation » côtoient « approche projet » et « mode agile », sans oublier la « certification des compétences par des badges » ou « le développement des soft skills » (c’est-à-dire des compétences douces, telles que la créativité ou l’empathie). On ne peut s’empêcher de penser à la campagne d’affichage élaborée par le personnel et les étudiant.e.s mobilisé.e.s de l’Université de Tours en réaction à l’invention du terme « coopétivité » par la ministre de l’ESR, Frédérique Vidal.

 


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Communiqué de SUD Éducation Calvados et Solidaires

Le management décomplexé : briser les collectifs, individualiser la souffrance

 

Nous évoquions, en novembre dernier, dans les « Chroniques de l’Université à l’heure de l’autonomie », la mutation à bas bruit de l’encadrement administratif et la diffusion des logiques managériales dans la formation du personnel de l’Université de Caen Normandie.


De ce point de vue, l’année 2020 commence fort ! Une formation sur deux jours, intitulée « Exceller sous la pression », était programmée les 10 et 11 février. On aurait pu croire à une mauvaise blague de formateur.trice.s accoudé.e.s au comptoir, fatigué.e.s d’endoctriner les salarié.e.s avec les nouvelles techniques de gestion du personnel. Mais non, il s’agit bien d’une formation estampillée « Unicaen » qui a cependant la vertu de condenser en quelques mots l’air du temps managérial : l’« excellence », mantra technocratique qui empoisonne tout le monde et justifie la mise en concurrence de tous et toutes pour des miettes de financement, mais qui génère en effet une réelle « pression » sur les agent.e.s et les équipes. On apprendra notamment dans cette formation le « véritable rôle du stress » au travail, positif à n’en pas douter, ou encore la manière de réguler son état émotionnel avec le fameux STOP (Se Taire et Observer Patiemment – des esprits chagrins seront certainement tentés d’associer le O de l’acronyme à « Obéir »).

 


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